Ville de Semur-en-Auxois | Cité médiévale

Commémoration de la Libération de Semur - 9 septembre 2020



Commémoration de la Libération de Semur - 9 septembre 2020
Madame la Sous-préfète,
Monsieur le Ministre, Président du Conseil départemental,
Madame la vice-présidente du Conseil départemental,
 
Monsieur le lieutenant de gendarmerie,
Monsieur le représentant du centre de secours,
Mesdames Messieurs les présidents des associations patriotiques,
Messieurs les porte-drapeaux,
Mesdames, Messieurs les élus,
Mesdames, messieurs,
 
Je dois d'abord excuser un certain nombre d'invités, singulièrement la présidente du comité d'entente et le maire de Villars-Villenotte qui est représenté par Jacqueline Desplantes.
 
En cette période exceptionnelle de crise sanitaire, nous avons souhaité commémorer la Libération de Semur ce 9 septembre, comme chaque année. Plus simplement et en tenant compte du contexte.
 
Ainsi nous rendons un hommage de reconnaissance à tous ceux qui nous ont délivrés de l'ennemi, à tous ceux qui, pendant des mois et des mois au péril de leur vie, ont mené une lutte tenace et silencieuse jusqu'à ce jour où le pays tout entier s'est levé derrière eux, dans un élan unanime.
 
Grâce à eux la victoire est arrivée, une victoire qui a apporté beaucoup de joies, sans pour autant faire oublier les vies perdues et toutes les souffrances qui resteront à jamais marquées dans les esprits.
 
Durant 4 années ce fut en silence, l'angoisse quotidienne et l'horrible appréhension de n'en sortir jamais. Des années trempées du sang d'innombrables martyrs tombés dans des combats ou mystérieusement disparus.
La libération a libéré notre territoire et la liberté a été recouvrée mais le souvenir de ces années est toujours présent. Nous nous en souvenons aujourd'hui encore. Nous n'oublions pas.
 
Ici à Semur nous nous retrouvons autour des maquis qui ont joué un rôle essentiel dans la Résistance puis dans la Libération de la ville.
 
Ces maquis sont incarnés par des noms, par des personnes que nous continuerons d'honorer longtemps,
 
  • Henri Camp qui a su mettre en place un vaste mouvement de résistance sur notre territoire et créer un réseau très important de résistants. Le groupe dirigé par Henri Camp était homologué comme force de la France combattante à Londres sous le nom d'Henri Bourgogne.  Au cours de l'été 1944 le groupe Henri Bourgogne subit des attaques et des pertes importantes, Henri Camp décédera le 3 août 1944 lors de l'attaque du maquis de Genay, que nous commémorons chaque année.
 
  • Bernard Giraud, l'abbé Giraud, affecté à la paroisse de Semur-en Auxois sera également très actif, sous le pseudonyme de BOA. Il se spécialisera dans la fabrication de faux papiers et sera très actif dans la résistance, il prendra le maquis et formera la 6ème compagnie du maquis Bayard. Il deviendra le lieutenant Jean-Louis, à la tête de la 1ère compagnie du 27ème RI, il est promu capitaine et trouvera la mort le 30 novembre 1944 dans l'est de la France.
 
  • Jean Chapelle, chef du maquis Verneuil, après une action importante dans la résistance dans l'Yonne, notamment après la libération de Tonnerre, il entre à Chablis, à Noyers puis à Semur, avant de se diriger, tout comme le maquis Bayard vers Dijon pour libérer celle-ci.
 
Le souvenir de liesse à l'entrée des maquis dans Semur reste marqué dans les mémoires pendant longtemps, la cloche barbe sonnera à toute volée. Ces 3 hommes ont désormais une rue à Semur.
 
Après des années de division et polémique, nous avons tenu à créer il y a 4 ans, un lieu, le square des maquis, réunissant ces 3 maquis, afin de rendre hommage à tous ceux qui ont œuvré dans notre commune, dans le même objectif, celui de libérer la France de l'ennemi. Chacun y a contribué, nous leur rendons hommage ensemble.
 
Le square des maquis est devenu non seulement un lieu de mémoire, qui doit nous aider à ne pas oublier l'horreur de cette période, mais aussi un lieu de transmission et d'histoire, que nous avons créé avec les pupitres commémoratifs préparés par les élèves des écoles. C'est un lieu désormais bien présent et inscrit dans la ville qui est accessible à tous.
 
Ici, nous sommes proches de la voie ferrée dont nous espérons qu'un jour elle sera transformée en voie verte, passant sur le viaduc. Le viaduc tellement présent dans le paysage semurois fut détruit le 28 août 1944, peu de temps avant la libération de la ville, créant une sorte de cassure dans le paysage semurois.
Sachant qu'ils vont prochainement quitter la ville, les soldats font en effet exploser le viaduc, ouvrage d'art essentiel pour la circulation des trains. On entendra d’ailleurs la déflagration jusque rue de Vigne.
Il sera rapidement reconstruit et nous qui n'avons pas connu cette époque-là avons du mal à imaginer qu'il ait été effondré, détruit. Comme on a du mal à imaginer ce que pouvait être la vie à cette époque.
 
Alors que les témoins de cette époque sont de moins en moins nombreux, nous avons fort heureusement recueilli de nombreux témoignages de ceux qui ont vécu cette guerre, qui a tant marqué les familles et les esprits. Je veux saluer le travail réalisé par Céline et tous ceux qui ont participé à l'ouvrage sur la vie quotidienne pendant la 2ème guerre mondiale à Semur-en Auxois. Ainsi, une trace de cette époque-là restera, tout autant que le film tourné derrière les volets.
 
En cette période où le rôle des soignants vient sur le devant de la scène, je voudrais rappeler l'engagement des soignants de l'époque. L'engagement des médecins, du docteur Breon et du docteur Picard qui allaient régulièrement dans les maquis soigner les résistants blessés ou malades, les ramenaient lorsqu'ils ne pouvaient pas y rester et à l’hôpital, où ils cachaient des aviateurs anglais dans les chambres notamment de la maternité.
 
Les dames de la Croix rouge, les directeurs de pension organisaient le travail de chacun en fabriquant et fournissant des boites à pansement, des postes de secours, etc. Il n'y avait qu'un seul masque à gaz pour toute la ville, destiné à faire des démonstrations lors de formations de la Croix rouge.
Devant ce constat, il a été décidé de fabriquer des masques de secours faits de tarlatane capitonné de coton ayant à l'intérieur du carbonate de soude et du charbon de bois pilé. Des pansements sont confectionnés dans des draps et placés dans des boites en fer.
 
Avec l'accord du sous-préfet de l'époque, il a été aménagé un centre d'accueil dans l’ancienne sous-préfecture qui pouvait accueillir 1 000 personnes et à la prison pour 500 personnes. Ce centre d'accueil a très bien fonctionné avec plus de 2 000 lits répartis dans plusieurs lieux sur la ville. A Semur, les soignants ont été particulièrement actifs lors de cette période.
 
 2020, c'est l'année anniversaire du général De Gaulle, on célèbre cette année sa naissance, sa mort dans quelques semaines, et l'appel du 18 juin 1940, c'est la raison pour laquelle nous avons souhaité aujourd'hui aller également, auparavant, nous recueillir devant la stèle érigée en sa mémoire sur le cours qui désormais porte son nom, le cours que nous appelons communément cours simplement mais qui a été dénommé cours général De Gaulle en mai 1994, par une délibération du conseil municipal.
 
C'est en effet en mai 1994 que le conseil municipal décide :
  • De restaurer le mémorial du mont télégraphe qui sera inauguré en juin 44,
  • Que le cours du général Mazillier et le mail, du monument de 1870 jusqu’au pont de Villenotte, sera dénommé « promenade Charles de Gaulle » en reconnaissance de son action en faveur de la victoire.
 
Lors de la Libération de Paris en août 1944, le général De Gaulle dira ces mots qui s 'appliquent à Paris, mais aussi à Semur : « nous ne dissimulons cette émotion profonde et sacrée, il y a des minutes qui dépassent nos propres vies ».
 
Nous n'oublions pas et rendons hommage à ceux qui ont n'ont jamais baissé les bras, n'ont jamais abandonné l'espoir, à la Résistance si active sur notre territoire et avec elle tous les résistants qui ont conduit à triompher de la barbarie.
 
La libération n'a été rendue possible que par l'engagement et le courage de nombreux résistants qui œuvraient dans l'ombre mais dont l'action a été déterminante.
 
Ne les oublions et continuons à nous battre aujourd'hui contre les intolérances et la haine.
 
La commémoration 2020 s'inscrit dans la continuité des cérémonies des autres années, mais dans ans un format inhabituel, avec moins de monde que d'habitude, sans partager ensuite le verre de l'amitié comme nous aimons à la faire. C'est dommage, mais nous avons souhaité ne pas courir de risques et préserver chacun et chacune, notamment les plus fragiles. Ceci en raison du coronavirus, l'ennemi du moment, contre lequel nous combattons au quotidien.
 
Avec cette commémoration, nous rendons ensemble un hommage à tous ceux qui combattent pour notre liberté, n'oublions jamais le prix qu'a cette liberté. Je vous remercie de votre présence.


Catherine Sadon (Discours – commémoration du 09/09/2020)